De plus en plus d'anonymes utilisent leurs téléphones équipés d'appareils photo et de caméras pour témoigner de l'actualité. Des photos, mais aussi des vidéos, puisque beaucoup de téléphones portables permettent maintenant d'enregistrer de petits films de quelques secondes : «C'est la perte du monopole des journalistes sur l'information".
Le monde des médias a changé le 7 juillet, jour des attentats dans le métro londonien. C'est Helen Boaden, directrice de l'information de la BBC, qui le dit. «Quelques minutes seulement après la première explosion, nous recevions déjà des photos prises par des témoins», raconte-t-elle. «Une heure plus tard, nous avions 50 images. Aujourd'hui, nous en avons des milliers...»
Déjà en 1963, à Dallas, un citoyen américain, Abraham Zapruder, filmait déjà, avec sa caméra Bell & Howell 8 mm, l'assassinat du président Kennedy. N'importe quel citoyen du monde est désormais un Zapruder en puissance. Il suffit d'être au bon endroit au bon moment. De saisir son appareil numérique ou son téléphone. Et de prendre contact avec un site Internet comme scoopt.com pour négocier au mieux ses clichés (lire page 4 ).
Comme l'explique John Ryley, rédacteur en chef de Sky News, «la technologie permet une démocratisation de l'information». Pour le meilleur et pour le pire. Car, de même que le journalisme traditionnel connaît des dérives, le journalisme «citoyen», ou participatif, suscite déjà ses propres débordements. On se souvient de Matt Drudge, dont le titre de gloire est d'avoir été le premier à mettre sur la place publique l'affaire Lewinski, mais dont le blog est surtout un véritable moulin à rumeurs invérifiées. Ou encore d'un Thierry Meyssan, dont les thèses délirantes (aucun avion ne se serait écrasé le 11 septembre 2001 sur le Pentagone) ont eu, grâce à l'Internet, un écho mondial. Mais le meilleur peut aussi exister dans cet univers de l'«alterjournalisme».
Ainsi, les innombrables blogs d'information et journaux citoyens qui ont décidé de jouer la carte de la crédibilité et du respect des règles de base du journalisme.
- Né en mai, Agoravox se présente comme «l'une des premières initiatives européennes de journalisme citoyen gratuit à grande échelle» (Libération du 15 juin). Le succès de son homologue coréen, www.ohmynews.com avec 35 000 contributeurs et ses millions de visiteurs, ne se dément pas.
- Wikinews propose, à l'échelle mondiale, des articles écrits par des bénévoles qui mettent en commun leurs connaissances et informations.
- Dans le monde entier, des sites commencent à recueillir des clichés d'amateurs pour les revendre aux médias traditionnels.
Défiés sur le terrain de ce qui fut leur monopole, certains médias traditionnels voient dans le «journalisme participatif» l'occasion de se rapprocher de leurs lecteurs ou spectateurs, en se donnant un vernis «citoyen».
- Aux Etats-Unis, l'ex-vice-président Al Gore vient de lancer une télévision «interactive»;
- en France, Télé Nantes distribue des téléphones 3 G à certains de ses téléspectateurs.
- De son côté, Télé Grenoble a entrepris de se constituer un réseau de «correspondants vidéastes», recrutant ici un prof de techno, là un travailleur saisonnier, payés 20 à 30 euros le reportage. Seule condition posée par la chaîne : posséder sa propre caméra DV et «s'intéresser à la vie de sa commune ou de son quartier». Alors, bientôt tous journalistes ?
D'après Libération
PS de Jérémy Dumont :
- 40% des portables sont aujourd'hui équipés d'appareils photos.
- la chaîne citoyenne de Al gore c'est current TV (60% de sprogrammes sont réalisés par ceux qui les regardent)
- il faut aussi parler de moblogs (mo pour mobile) sur lesquels on retrouve ces "reportages".
- une agence s'apprête a se lancer sur le marché "scoop line" : snap (prend la photo), sens (envoie), sell
- ce qui fait peut être le plus peur c'est les snaparazzi (qui ne respecteraient pas la vie privée)
- dans "We the media" Dan Gillmor prédit que en 2021 les citoyens reporteurs produiront plus de la moitié des infos