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Orange met du cinéma dans ses tuyaux
L'arrivée
dans le cinéma du géant des télécoms fait du bruit. Réelle politique
d'investissement ou simple stratégie commerciale, le septième art
s'inquiète.
Il
y a de l'Orange dans l'air sur la Croisette. Vendredi 16 mai, une
tempête souffle sur Cannes et de nombreux acteurs français trouvent
refuge sous la grande tente de l'opérateur, partenaire officiel du
festival. Ce n'est pas qu'un hasard météo : Orange présente enfin au
grand jour l'activité de Studio 37, sa filiale cinéma engagée dans la
coproduction et l'acquisition de films français et européens. Dernier
opus coproduit : le film de Jean-Paul Rouve, Sans arme, ni haine, ni
violence. D'autres suivront comme le Coluche d'Antoine de Caunes ou La
Possibilité d'une île de Michel Houellebecq. Studio 37 prévoit de
coproduire une quinzaine de films par an. Impossible pour l'instant de
savoir le budget global qui y sera consacré. En attendant, Frédérique
Dumas, directrice du studio, est déjà bien entourée. Côté distribution,
elle s'est assuré les services de Mars Films, lancé par Stéphane
Célérier, licencié de Studio Canal.
Canal + sur la défensive
Studio
Canal, le « gros mot » est lâché. Depuis l'annonce, au Marché
international des programmes TV (MIPTV), du lancement des six chaînes
cinéma et séries d'Orange prévu à l'automne, la guerre est déclarée
entre la filiale mobile de France Télécom et Canal +. D'autant que la
première vient d'annoncer qu'elle diffusera par satellite dès le 3
juillet son offre triple-play, ce qui lui permettra de couvrir la
quasi-totalité des foyers français. La tension est telle que le patron
de Mars Films, pourtant en duo serré avec l'opérateur, ne tient pas à
commenter l'arrivée d'Orange dans le cinéma. Même discrétion du côté
des grands studios français : « Inutile de souffler sur des braises
déjà rouges », répond poliment le directeur général de l'un deux.
Canal +, en situation de quasi-monopole sur le cinéma français, a-t-il
rappelé le septième art à l'ordre ? « Studio 37, ce sont des relations
presse. Orange ne poursuit qu'un seul but : vendre encore plus de
téléphonie. Pour le cinéma, je ne vois pas en quoi c'est pertinent »,
lance Manuel Alduy, directeur du cinéma pour Canal +. En réalité, la
puissance de l'offre d'Orange TV inquiète : l'opérateur proposera
bientôt les matchs de Ligue 1 et, en exclusivité, les films du studio
Warner Bros et de sa filiale HBO. Il devrait également commercialiser
des forfaits autour de 5 à 6 euros pour le football et de 14 euros pour
les chaînes cinéma et séries, soit une offre globale autour de 20 euros
- contre 33 euros chez Canal +.
«Évolution logique »
Cinéma
ou football, Orange a payé très cher ces exclusivités TV : environ 300
millions d'euros (un peu moins de 5 % du chiffre d'affaires de France
Télécom). Mais a-t-il eu raison d'investir ? « Orange est le leader
des opérateurs télécoms, ce qui lui permet un positionnement tarifaire
plus élevé. Pour acquérir de nouveaux clients, il doit se différencier
et trouver des relais, ce qu'il fait via les contenus », analyse
Stéphane Dubreuil, directeur télécoms chez SIA Conseil. Son rival SFR,
lui, se concentre pour l'instant sur la musique. Mais Michel Gomez,
délégué général de la société civile des auteurs, réalisateurs,
producteurs (ARP), confirme : « La stratégie d'Orange fait partie de
l'évolution logique du métier des fournisseurs d'accès, et il sera
suivi par d'autres. C'est une bonne nouvelle pour le cinéma que de voir
de nouveaux acteurs financer des contenus. » Un expert ajoute : « Il y
a encore peu de temps, certaines chaînes TV ont eu le projet de
racheter des fournisseurs d'accès à Internet. Elles auraient été bien
inspirées de le faire. » En effet, seuls les « vendeurs de tuyaux »,
comme France Télécom dans l'Hexagone, possèdent désormais la maîtrise
des trois canaux de diffusion des contenus (TV, Internet et mobile). On
assiste enfin à la révolution de la convergence si chère à Didier
Lombard, PDG de France Télécom...
Anne-Lise Carlo