photo: JDD Les
costumes sont gris et les gueules de bois. Il est loin le temps où
France Télévisions s’offrait la salle Pleyel dont Patrick de Carolis
foulait la scène au son de la Symphonie du Nouveau Monde.
C’était il y a un an. Adieu la conf de rentrée pantagruélique rinçant
producteurs, annonceurs et journalistes et bonjour tristesse (vous
allez voir, c’est une blague filée) : seule la presse a été invitée
hier dans le peu folichon auditorium de France Télévisions. Trop de
faste aurait fait mauvais genre en ces périodes de vaches faméliques
pour la télé publique bientôt privée de pub : « On est au pied de notre avenir », prévient Carolis. « Et c’est pour ça que ça sent pas bon », chuchote un farceur. Car depuis l’an dernier, France Télévisions s’est pris
une baffe, un gnon, et puis pour être bien sûr que le service public
reste à terre, Nicolas Sarkozy lui a assené quelques coups de pied dans
les côtes. Résultat, les annonces de la rentrée sont des réponses point
par point au président de la République. La télé publique ressemble
trop à TF1 ? J’vais t’en mettre moi, de la différence, maugréent
Carolis et son second, Patrice Duhamel. C’est le nouveau slogan de
France Télévisions : « Le choix de la différence. »
La phrase a été inaugurée cet été sur les antennes publiques mettant,
paraît-il, l’Elysée en pétard. Hier, l’antienne a été répétée jusqu’à
plus soif. Pas assez de sport ? Pan : 1000 heures de direct et 90
disciplines diffusées, quand TF1 s’en tient au foot et à la F1. Pas
assez de théâtre ? Pan : 61 % des spectacles diffusés le sont sur
France Télévisions. Et qui c’est qui diffuse 61 % de la fiction
française et plus de 40 heures de débats par semaine ? Et qui c’est
qui produit 700 heures de docus ? Eh bien, c’est Bibi Carolis et Bibi
Duhamel. Cette année, renchérit Duhamel, « la différence avec la télé commerciale sera plus flagrante encore ». Aux Experts de TF1, France 2 opposera par exemple Sagan (et hop, la blague filée), une version longue du film sorti en salles ou un Coco Chanel. Face au naturalisme de Star Academy,
la Deux aligne plusieurs documentaires (Anne Frank, la Première Guerre
mondiale, etc). Même topo sur France 3 : contre Mimie Mathy, Nathalie
Baye en résistante. Contre la Super Nanny de M6, un docu sur la délinquance, Centres spéciaux pour jeunes filles rebelles. Et sur France 4, qui donne « la priorité aux 15-34 ans »,
ainsi que le gouvernement l’avait préconisé ? Une émission où Samuel
Etienne fait dialoguer un invité politique avec des lycéens. Sur France
5 qui « décrypte et donne les clés » (encore un coup du rapport Copé) ? Médias, le magazine,
par Thomas Hugues, qui va décrypter à mort. Et quand l’étiquette
service public n’est pas évidente, comme avec Julien Courbet sur France
2, alors on l’assène dans le titre : Service maximum, pour ce magazine quotidien d’« aide à la consommation et d’enquêtes citoyennes »
(merci de ne pas pouffer). Enfin, s’il en veut de la culture, l’autre,
à l’Elysée, il va en avoir : entre autres, le vendredi sur France 2,
Christophe Hondelatte à 19 heures pour un guide culturel (Vendredi si ça me dit) et Daniel Picouly pour un Café littéraire le soir. auteurs: Isabelle Roberts,
Raphaël Garrigos
Posté sur : levidepoches.fr/echange
Posté par : Loïc LAMY
source : Libération









