crédit: thechiefexecutive
La crise financière ne prend pas par surprise les médias
traditionnels des pays riches. Entrés dès 2007 en récession, ils
connaîtront en 2009 leur 3ème année consécutive de très grosses
difficultés.
2008 et la tornade de l’automne, ont accéléré la débâcle entamée. « The
Perfect Storm » pour les médias est arrivé. C’est, aujourd’hui la
combinaison simultanée –et probablement mortelle pour certains-- de
facteurs structurels non réglés, d’une adaptation difficile au
numérique, et d’une conjoncture désastreuse. Un vrai changement
systémique.
Cette violente perturbation, sans précédent de notre secteur,
débouchera sur une nouvelle « époque postmedia », ou, au minimum, par
une vraie remise en cause des médias du patrimoine par les nouveaux
médias. Elle entraîne une crise stratégique et fournit aussi, à partir
du chaos, l’occasion de réinventer un modèle. Brisé par la chute
accélérée de la diffusion et des audiences, causée par la désaffection
des jeunes, ce modèle ne « s’y retrouve pas » sur l’Internet, et encore
moins sur les mobiles, qui, à court ou moyen terme, ne sont pas en
mesure de prendre le relais.
Le compte sur le Web n’y est toujours pas. Loin de là. Dix ans après
l’arrivée de l’Internet dans la presse, le web arrive à peine à
représenter …10% des revenus des journaux US. Impossible de faire vivre
les rédactions. Personne ne parvient à monétiser le web assez vite. Ni
aux Etats-Unis, ni en Europe. Pire : l’objectif de tous (autour de 20 à
25%) n’est pas à portée de main. Seuls quelques sites de contenus de
niche ou locaux s’en sortent.
Découplage historique
Car la seule vraie mauvaise surprise des six derniers mois est bien le
« lapin » posé par la publicité aux médias sur Internet, où la gratuité
des contenus continue, dans le même temps, de croître. Après des
croissances à deux chiffres, et pour la première fois, la pub en ligne
des journaux américains a diminué. Cet évènement, probablement le plus
important des derniers mois dans notre secteur, brise net l’espoir
fragile, entretenu par beaucoup, d’attendre quelques années avant de
voir progressivement le Web compenser la chute de la diffusion et des
audiences.
Ce découplage historique entre journalisme et publicité confirme que la
migration vers le numérique ne se fera pas avec les mêmes modèles
d’affaires. La pub, non extensible à l’infini, n’est qu’un « pansement
», avant que d’autres sources de revenus émergent. Sur le Web, les
choses se passent différemment.
C’est un monde de confort (gratuité) et d’abondance d’informations, où
la rareté artificielle des contenus n’est pas transposable.
Aujourd’hui, la seule denrée qui croît de manière exponentielle est
…l’information, dix fois plus vite que tout autre bien manufacturé ou
industriel ! Une denrée que le public, convaincu que le modèle payant
est étranger à l’ADN du Web, va être de moins en moins prêt à acheter.
Le présent et l’avenir ne rentrent plus dans les moules du passé !
D’autant que les médias sont soumis à de nouvelles contraintes :
vitesse, accès illimité, interaction, et attention de très courte durée
d’un public « connecté » en permanence. Le « prime time », c’est « my
time », et c’est toute la journée !
La seule règle qui compte est celle de l’attention: l’argent suivra
l’attention où qu’elle aille, mais cela prendra du temps. La pub
rémunèrera peut être un jour des fonctions, des services et des valeurs
impossibles à copier (confiance, fiabilité , exactitude, marque,
immédiateté, personnalisation, interprétation, « trouvabilité »…).
La crise des industries de contenus se déroule au moment même où
explosent le web social et la vitalité des contenus, créés hors des
sphères professionnelles. Pour les médias, qui l’oublient souvent, il
faut d’abord produire des contenus pertinents et qui intéressent. Et
non pas produire plus.
L’information aujourd’hui ne circule plus de manière verticale, mais
bien désormais horizontalement ! La moitié du Canada est sur Facebook !
Quasiment autant en Grande Bretagne ! ».
Oui, le Web, caractéristique d’un monde en réseau, est différent. Et
nous n’en sommes qu’à la préhistoire ! Il n’est ni le miracle attendu,
ni la panacée aux insuffisances structurelles, et surtout pas un simple
canal de distribution de plus pour les contenus du passé.
C’est un mécanisme décentralisé qui permet à un milliard de personnes
d’être en relation, d’être connectés, de communiquer, de partager et de
contribuer. C’est aussi devenu le support technologique sans lequel,
aujourd’hui, les contenus ne valent plus grand-chose ! Des contenus
atomisés, des auteurs isolés, qui vont tenter de se regrouper, d’une
manière ou d’une autre, probablement par affinités électives, dans un
paysage postmedia. D’ici 10 à 15 ans, la plate-forme et les réseaux que
nous sommes, tous, en train de construire vont probablement devenir
plus puissants que l’invention de l’imprimerie.
La deuxième vague du Web a révolutionné notre manière de communiquer
(Twitter), de consommer des médias (YouTube, Flickr) ou de nouer des
relations (Facebook). Les principaux changements résident dans la
nouvelle manière de picorer l’info tout au long de la journée (le «
media snacking » !). C’est le privilège de cette génération « on demand
», qui sacre la vod, la catch-up TV, les réseaux sociaux, … pour
accéder à l’information, aux divertissements, au sport, à la culture,
aux connaissances, via les moteurs de recherche et les médias sociaux.
L’accès devient aussi, sinon plus important, que les contenus.
Aujourd’hui l’ordinateur n’est plus une simple boite. C’est une porte.
Une porte qui s’ouvre sur le monde, plus seulement depuis son travail,
mais désormais depuis son salon. Le trafic Web du public dépasse
aujourd’hui celui du business.
Les sites à succès planétaire, dont la masse des utilisateurs dépassent
la centaine de millions, n’existaient pas il y a 4 ou 5 ans (YouTube,
Facebook, MySpace, …). L’iPhone fait enfin arriver l’Internet sur les
téléphones. Les gens sont connectés en permanence. La mobilité des
contenus s’accélèrent.
Les jeunes, qui ne jugent plus pertinents les contenus médias
traditionnels, dictent les tendances sur les comportements en ligne.
Cela continuera, tout simplement parce qu’ils ont davantage de temps
disponible. Et ils ne sont pas prêts à payer, au moins pas dans un
futur proche. En France moins encore qu’ailleurs en Europe.
L’un des défis, pour les journalistes, sera d’être en prise avec cette
génération Internet, sans perdre leurs valeurs. Mais sans non plus leur
mettre devant les yeux les mêmes vieux produits. Aujourd’hui les gens
achètent des journaux pour le papier, pas pour les news ! La télévision
dans son format de diffusion linéaire touche à sa fin. Les jeunes ne la
consomment plus qu’en bruit de fond ou à la demande.
Le succès des médias sociaux (le Web 2.0), s’explique surtout par notre
besoin de partager en apprenant et en découvrant. De discuter et de
partager régulièrement sur des sujets qui nous intéressent, avec des
gens qui comptent pour nous, dans des endroits qui nous plaisent. Un
vaste feu de camp mondial ! Ces nouvelles font désormais partie du mix
d’infos que nous consommons chaque jour. C’est un vrai changement qui
bouleverse le paysage des médias, de la communication et de la
publicité. Leur pouvoir d’influence est croissant et ils représentent
une part grandissante du trafic Internet. La manière dont ils vont
affecter le journalisme n’est pas encore claire. La façon de les
monétiser guère plus évidente.
L’ensemble des contenus constitue le moteur principal de la croissance
de l’Internet. Mais les médias sociaux n’ont pas trouvé leur modèle
économique. La vidéo ou l’IP TV, non plus.
Beaucoup dépendra de la valeur future de la seule monnaie actuellement
en circulation dans le Web 2.0 : les données personnelles des
utilisateurs. Cet argent est-il d’ailleurs en sécurité chez Google, la
banque centrale du Web ? L’utilisation de la vie privée pour gagner de
l’argent est l’un des prochains enjeux majeurs.
Par Eric Scherer
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Posté sur : levidepoches.fr/echange
Posté par : Loïc LAMY
source : mediachroniques









