La polémique Facebook
Ecrit par Catherine Vincent
Journaliste au Le Monde.fr
Marc Zuckerberg, fondateur de Facebook.
Crédits photo : ASSOCIATED PRESS
Appartenons-nous définitivement à Facebook
? C'est ce qu'ont pu se demander, pendant une quinzaine de jours, ses
175 millions d'adeptes. En modifiant, le 4 février, les conditions
d'usage de son site, le réseau social numérique le plus fréquenté du
monde s'était en effet arrogé, de manière perpétuelle, tous les droits
sur les contenus mis en ligne par les utilisateurs. Devant le tollé
provoqué par cette mesure, le site a toutefois annoncé, mercredi 18
février, qu'il revenait sur sa décision.
"Vous accordez à Facebook le droit irrévocable, perpétuel,
non-exclusif, transférable et mondial (avec l'autorisation d'accorder
une sous-licence) d'utiliser, copier, publier, diffuser, stocker,
exécuter, transmettre, scanner, modifier, éditer, traduire, adapter,
redistribuer n'importe quel contenu déposé sur le site", peut-on
lire dans les conditions d'utilisation qui accompagnent l'inscription
sur le site. L'internaute peut toutefois reprendre les droits sur ses
données grâce à la mention suivante : "Votre contenu d'utilisateur
peut être effacé du site à n'importe quel moment. Si vous l'effacez, le
droit accordé à Facebook évoqué précédemment expirera automatiquement."
C'est
cette mention qui avait été supprimée. Même si elle est désormais
rétablie, le "droit de retrait" de l'internaute reste relatif, comme
l'a lui-même admis sur son blog Mark Zuckerberg, président fondateur de Facebook : "Même si une personne désactive son compte, ses amis conservent une copie des messages échangés."
Soucieux de l'image de son réseau social, M. Zuckerberg a invité ses
membres à participer à la révision des termes de sa licence
d'utilisation.
Ce flou entretenu sur les limites entre espaces
publics et privés dans le "village planétaire" suscite l'inquiétude
croissante des citoyens, comme celle des autorités européennes chargées
de la protection des données individuelles. Car Facebook n'est que la
partie émergée de l'iceberg. Sur la Toile, tout est lié. Et les traces
ne s'effacent pas avec le temps. En publiant le portrait détaillé d'un
parfait inconnu, le magazine alternatif Le Tigre a récemment
révélé combien les sources publiées sur Internet permettent de nous
suivre pas à pas. Présenté sous le nom de Marc L., le jeune homme
n'avait pas prévu que les photos, messages et autres données déposées
ici ou là au fil des ans suffiraient à établir la chronique de ses
voyages, achats, spectacles, réunions de famille et aventures
amoureuses.
Les utilisateurs des réseaux sociaux sont incités à
donner le maximum d'informations personnelles - adresse, numéro de
portable, âge, sexe, parcours scolaire, préférences sexuelles,
religion, opinions politiques. Une mine de données exploitable par les
publicitaires (principale source de valorisation des plateformes
communautaires), mais aussi par les services de police et les
cyber-bandits de tous ordres.
Les internautes se disent souvent
conscients du danger... sans pour autant s'en protéger. 90 % des
Britanniques souhaitent des règles plus contraignantes sur la
protection des données numériques, indique un sondage. Un autre montre
qu'en Allemagne, où la surveillance policière des communications
électroniques a été renforcée, cette mesure a dissuadé 52 % des
citoyens d'utiliser le téléphone ou le mail pour des échanges
confidentiels.
Selon une étude autrichienne, menée par le groupe
de recherche eTheory (université de Salzbourg) auprès de 674 étudiants
utilisateurs de sites sociaux, 56 % d'entre eux estiment qu'il existe
un risque de surveillance économique et politique de leurs données
personnelles, et 82 % admettent ne pas avoir de connaissances sûres
quant à l'usage possible de ces données... Mais les avantages des
réseaux sociaux, telle la continuité du contact avec les proches,
restent pour eux prioritaires.
"En l'absence de standards
juridiques internationaux, la dernière mesure prise par Facebook ne
fait que confirmer ce que nous nous échinons à dire aux jeunes : en
l'état actuel du droit, vous n'avez aucune garantie. Si vous allez sur
un site de réseau social, c'est à vous de maîtriser l'information que
vous y mettez", commente Alex Türk,
président de la Commission nationale de l'informatique et des libertés
(CNIL). Président du G29, le groupe qui réunit à Bruxelles les 27
"CNIL" européennes, M. Türk précise que celui-ci devrait "d'ici l'été" émettre
une recommandation sur les réseaux sociaux. En avril 2008, le G29 avait
rendu un avis relatif aux moteurs de recherche (pour la plupart établis
hors des frontières de l'Union), leur demandant de réduire la durée de
conservation des données de leurs utilisateurs. En septembre, Google a
accepté de réduire cette durée de 18 à 9 mois, suivi en décembre par
Microsoft (6 mois) et Yahoo (3 mois).
Au-delà des intérêts
économiques, la question de la protection des données privées ne
suscite pas la même inquiétude selon les régions du monde. Aux deux
extrêmes : l'Europe, très attentive au problème, et l'Asie, pour
laquelle le sujet n'est pas prioritaire (on compte, en Chine, 290
millions d'internautes, dont 50 millions de blogueurs). Au centre : les
Etats-Unis, siège des principaux réseaux sociaux, où 35 % des adultes
et 65 % des adolescents ont désormais un profil sur l'un ou plusieurs
de ces sites. La protection de son intimité sur Internet y est
considérée comme relevant avant tout de la responsabilité individuelle.
source : LeMonde.fr
posté par : Floriane PIC
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