Deux sociétés nantaises présenteront à l'Exposition universelle un quizz animé par les gestes des visiteurs.
La souris est morte, vive l'interaction corporelle ! Vincent Roirant veut s'affranchir des souris, track-balls, écrans tactiles et autres interfaces de communication avec l'ordinateur. « Il faut introduire une relation plus naturelle avec la machine et ne plus avoir de fil à la patte », explique le dirigeant de Media CD. C'est sur cette « grande mutation » que la société nantaise, spécialisée dans la communication multimédia (40 salariés, 3 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2007), concentre sa R&D.
Une première application concrète sera visible au pavillon de la France dans le cadre de l'Exposition universelle de Saragosse (du 14 juin au 14 septembre). En réponse à un appel d'offres d'Ubifrance, Media CD s'est associé avec MG Design, une start-up nantaise spécialisée dans l'animation en 3D (4 salariés, 260.000 euros de chiffre d'affaires en 2007), pour présenter un dispositif interactif original. Celui-ci interpellera les visiteurs qui passeront devant l'un des 14 écrans. Il s'agira de les sensibiliser aux gestes à effectuer pour économiser l'eau. Suez et Veolia sont partenaires de l'opération.
Grâce à un système de captationde mouvements via une caméra, les visiteurs devront répondre à une série de questions en manipulant dans l'espace, sans rien toucher, des objets virtuels présentés sur l'un des écrans. Le fonctionnement est à la fois rapide et intuitif. Concrètement, une caméra pointée sur une zone procède à une analyse de ce qui passe dans son champ de vision (à 1,20 mètre de l'écran). Elle est reliée à un ordinateur doté d'une base de données morphologiques. Le logiciel détermine alors que les mouvements du haut du corps sont bien ceux des bras. En fonction de ceux du visiteur, il calcule en temps réel la trajectoire suivie par l'objet virtuel manipulé. Sur l'écran, cela se traduit par une animation graphique : ouverture d'un robinet, fermeture d'une vanne, remplissage d'un verre.
Si les technologies employées dans ce dispositif ne sont pas nouvelles, leur couplage et l'amélioration de la détection technique du mouvement dans un environnement perturbé font du système une innovation remarquable. C'est aussi, désormais, la puissance de calcul des ordinateurs qui permet ce type d'application. « Il fallait résoudre la question du flux de visiteurs et pouvoir isoler un individu pour entamer le dialogue avec l'écran. Il fallait aussi que la gestuelle soit naturelle afin que les gens comprennent sans apprentissage ce que l'on attend d'eux », précise Vincent Roirant.
Aide à la vente
Au-delà de cette animation ludique, d'un coût évalué à 60.000 euros, l'identification gestuelle a déjà de nombreux débouchés industriels. Certains fabricants, comme Sony, ont depuis longtemps songé à remplacer la traditionnelle télécommande du téléviseur ou de la chaîne hi-fi par une solution de ce type. Mais d'autres applications devraient arriver plus tôt. A commencer par l'aide à la vente. Un consommateur tendant la main vers un rayon ou un produit pourra déclencher un argumentaire expliquant sa mise en oeuvre, son usage ou son installation.
« Le rayon entier peut devenir un élément interactif au service de la vente, s'enthousiasme Vincent Roirant. Cette technologie, onéreuse à l'unité, devient intéressante dès que l'on peut la dupliquer à grande échelle et pour tout produit technique ou à haute valeur ajoutée : électronique, cosmétique, pharmacie, parapharmacie. » Elle pourrait intéresser les spécialistes de l'agencement, ainsi que les professionnels du marketing. Mais aussi les services publics. « Pourquoi ne pas utiliser une interface de ce type pour aider les citoyens à remplir formulaires et autres documents administratifs ? », se plaît à imaginer le dirigeant.
Auteur de l'article : OLIVIA BASSI
Lu sur Les Echos









