La mutation et ses perspectives fondamentales.
Après l'âge des représentations et de la Raison vient l'âge du Sens au travers d'une mutation de civilisation révélée notamment par des crises dont la dernière bouleverse les certitudes anciennes et ouvre à de nouvelles approches des situations et des affaires humaines.
Une des caractéristiques antérieures était la séparation radicale entre les rationalités matérielles et structurelles et l'intériorité humaine qui passait pour archaïsme ou source d'obscurantisme.
Parmi les caractéristiques d'une nouvelle époque, l'évaluation matérielle ou économique par exemple ne peut plus être coupée des valeurs et échelles de valeurs partagées en commun. Les enjeux personnels sont légitimes et socio-performants s'ils s'inscrivent dans le Sens du bien commun d'une communauté d'enjeu concourant ainsi à la socio-performance communautaire. L'individualisme radical comme le collectivisme radical ne sont plus crédibles. Toute économie est communautaire à toutes les échelles et avec la complexité des ensembles communautaires.
Pour résumer émerge un temps des communautés, communautés de Sens, (d'enjeux, de devenir, deprojet, de dévelopement d'accomplissement...) qui va reconfigurer le monde, sachant que les affaires humaines sont toujours communautaires. Ces communautés de Sens sont engagées dans le Sens du bien commun qui leur est propre pour réaliser le développement et l'accomplissement individuel et collectif. Les méthodes et pratiques correspondent à une ingénierie de la socio-performance, qualification de tout ce qui contribue aux enjeux communautaires dans le Sens du bien commun. Cette ingénierie, la socio-performatique utilise des « socio-performateurs » ou dispositifs d'action communautaires comme le storytelling ou les espaces virtuels d'activité communautaire.
La spiritualité principe essentiel des communions
humaines.
Les communautés de Sens sont réunies par le partage de Sens (conSensus). Il rassemble les personnes tant au niveau du Sens, propre de l'homme que de l'expérience humaine partagées, la réalité commune, « réalisée » en commun.
Or, comme le met en évidence l'Humanisme Méthodologique, le Sens est de nature spirituelle et la réalité qui l'exprime est de l'ordre de l'expérience humaine. On notera là que les représentations mentales régies par la raison font partie de l'expérience humaine au même titre que les affects et que les « faits d'expérience ». On retiendra aussi que les Sens sont multiples et que le Sens du bien commun de chaque communauté est accompagné d'autres Sens qui n'amènent pas les mêmes bénéfices humains. C'est ce qui distingue bons et mauvais Sens nécessitant discernement, choix et engagement dans le meilleur Sens pour développer une socio-performance communautaire. St Paul, rappelé par Michel Serres ou Alain Badiou et différents philosophes qui le découvrent, parlait des bons ou mauvais esprits. Sa lecture des rapports de l'esprit et de la lettre est tout à fait équivalente à celle du Sens et de ses expressions, les réalités d'expérience humaine. C'est ce qu'il appelle « la chair de l'homme ». Michel Serres dit d'ailleurs que « le virtuel est la chair même de l'homme ». On peut le traduire par le fait que le virtuel véhicule les virtualités de l'homme: le Sens (spirituel) au travers des conSensus communautaires, des communions humaines.
Récemment cette expresion de communions humaines a été utilisée par André Comte Sponville pour traiter d'une spiritualité sans Dieu et par Régis Debré pour souligner que les religions avaient acquis des compétences en matière de communions humaines, si importantes pour l'existence humaine.
A ce stade il faut remarquer l'actualité de la question spirituelle en rapports avec le thème communautaire des communions humaines, communions de Sens, communions d'esprit, communion dans la « chair » qu'est la réalité partagée du monde de chaque communauté. Avec ses « bulles » et « sphères » le philosophe allemand Peter Sloterdijk dessine aussi des mondes substantiellement humains au grand dam des réductionistes rationalistes.
La socio-performance, si elle se traduit dans les réalités communautaires, trouve son essentialité dans le Sens et donc l'esprit et relève de pratiques dérivées de l'intelligence symbolique ou intelligence du Sens.
Il ne faut pas cependant faire table rase des problèmes de spiritualité classiques. En particulier la profondeur (humaine) et la pluralité des Sens touchent à des fondements humains où résident potentiellement le pire et le meilleur, bien difficiles à maîtriser. C'est d'ailleurs un enjeu de l'accomplissement humain par le discernement et l'engagement communautaire. Une conséquence de cette profondeur largement inconsciente (l'inconscient spirituel?) est la présence de différentes conception de la spiritualité.
Il est bon d'en rappeler schématiquement quelques types classiques correspondant à des Sens différents.
Le Sens de la possession s'accompagne de spiritualités animistes avec la présence agissante et cachée (occulte) d'esprits bons et mauvais, en lutte incessante, dont les hommes sont victimes, bénéficiares ou doivent faire allégeance. Les religions, lorsqu'elles se nourissent de cet esprit là, ont des tendances intégristes manifestes. Il n'y a pas besoin de religion pour cela d'ailleurs. Les communions humaine seraient comme des emprises affectives des communautés archaïques ou scellées d'archaïsmes. Le ressenti émotionnel y tiens lieu de conscience.
Le Sens des systèmes naturalistes s'accompagne de spiritualités panthéistes est immanentistes, holistiques dirait-on aussi. C'est le tout qui est comme de nature spirituel, qui donne sens. On trouve ici les spiritualités naturalistes (ex: déesse terre, gaïa), les syncrétisme du new age vénérant le grand tout et l'impersonnel, la non dualité pour certains, la communion avec l'univers. Il n'y a pas là de communautés humaines autres que des collectivités (collections) faute d'esprit humain, et même d'humanité de l'homme. Certains s'en sortent en confondant Sens ou esprit avec « bons sentiments » ou sentiments fusionnels (Compte Sponville). Il s'agit de spiritualités régressives à tendances totalitaires (seul le tout a une âme, ou est une âme).
Le Sens des constructions rationalistes. Dieu, lorsqu'il est envisagé est considéré comme « le grand architecte de l'univers ». L'esprit c'est la Raison (divine) ordonnatrice, structurante, rationalisante que l'esprit humain reproduit à sa mesure. La religion rationaliste (spécificité française) est fondée sur cette spiritualité là plaçant ses valeurs dans la raison édificatrice. Spirituel et intellectuel sont équivalent. Seulement cette spiritualité se réduit volontiers en structuralismes réducteurs ou dérive en matérialismes pour trouver sa référence dans le système neuronal avec des cognitivistes qui parlent d'esprit et de sens et même de conscience à propos de configurations cérébrales. S'il y a des constructions humaines il n'y a pas là matière à communions humaines. Les débats entre Régis Debray, pourtant athée, et le physicien Bricmont sont instructifs.
Le Sens des communions de Sens. L'homme être de Sens, de nature spirituelle, établi des conSensus
ou communions d'esprits qui s'actualisent en une expérience commune, la réalité communautaire. Les affaires humaines, toujours communautaires, sont l'expression de problématiques spirituelles qui traversent les individus comme les communautés où ils s'expriment. Si toute réalité ou réalisation y est affaire de Sens et de conSensus, inconscients à priori, la maîtrise des situations humaines, situations toujours communautaires, suppose un discernement du Sens (des esprits), la détermination du Sens du bien commun (l'esprit sain(t)?), l'engagement partagé dans ce Sens (communion d'esprit), recherche de socio-perormance. Or c'est cette orientation là qui permet de cultiver ce discernement, une conscience spirituelle donc pour un choix spirituel communautaire, et un traitement spirituel des affaires humaines. La spiritualité n'est rien d'autre que le travail sur le Sens, dans le Sens du bien commun, à propos des enjeux communautaires.
Tout cela qui relie l'essentiel et les affaires courantes, le Sens spirituel et la nature de l'homme, les enjeux spirituels et les enjeux communautaires au travers des communions humaines, demande une pensée philosphique et anthropologique nouvelle : l'Humanisme Méthodologique.
L'Humanisme Méthodologique pour les nouvelles communions
humaines.
Ni les émotions, ni la Raison, ni l'esprit de système holistique avec ses sentiments fusionnels associés ne suffisent à penser une spiritualité de ce type. L'Humanisme Méthodologique est à la fois une pensée philosophique et anthropologique, une discipline spirituelle au sens de travail sur le Sens spirituel à la base de toutes les affaires humaines, une ingénierie du Sens et des cohérences humaines basée sur l'intelligence symbolique ou intelligence du Sens (intelligence spirituelle).
Le travail sur le Sens et le Sens du bien commun, fondateur de communautés en communion humaine s'exprime dans de multiples circonstances et donc de multiples langages, de multiples cultures, de multiples pratiques. Il serait contradictoire de vouloir le figer dans des formes particulières même si des principes généraux sont à formuler. C'est le rôle de la « théorie », étymologiquement un cheminement vers l'Etre, vers le Sens donc plutôt qu'une computation cérébrale ou une exercice de rationalité abstraite.
Le travail spirituel est donc à la fois un travail théorique
de recherche de Sens et de formulation de principes, une discipline personnelle
et collective de conscience, de détermination, d'engagement partagé et ce en
situation communautaire, des pratiques sociales, professionnelles,
correspondant à différents domaines,
situations et affaires humaines.
S'il existe plus de 400 textes déjà disponibles il est bon de poser les bases d'un exploration collective des voies et moyens de développement des « nouvelles communions humaines » dans l'actualité d'une mutation et d'un monde à construire. En période de crise et de crise de Sens, c'est un exercice de discernement nécessaire. Lorsque ça va dans tous les Sens sans conscience des implications humaines, et même l'idée que tous les Sens se valent, cela anihile le projet spirituel des communions humaines socio-performantes lui-même (vision fusionelle holistique)
La trame d'un projet d'explicitation
L'Humanisme Méthodologique suggère de traiter toutes les questions de Sens donc d'esprit, selon trois composantes complémentaires.
L'identification et la compréhension des situations
communautaires avec les problèmes et les enjeux associés.
La question du Sens du bien commun et des valeurs, de l'évolution et des maturations, des biens et des bénéfices (humains)
Le problème de l'action communautaire avec les mises en situation et les processus de progression et de réalisation.
Le Sens et le conSensus (spirituesl) sont à la racine de chacune et permettent le passage de l'une à l'autre. C'est une grande nouveauté de l'humanisme méthodologique de les réunir ainsi alors qu'il était courant de les séparer (la pensée, l'action et les valeurs).
Les communions humaines portent donc au fond sur le Sens spirituel et en conséquence sur les réalités communes. Quant à celles-ci il faut en appréhender les trois composantes passant de l'une à l'autre pas le Sens.
Quelques questions à explorer (analyses, orientations,
action)
1 - Situer
Quelles nouvelles communions humaines dans quelles
communautés? Explorer les ensembles communautaires, reconnaître les différences
entre communautés de proximité (interaction relationelle directe), communautés
culturelle (interactions médiatisées par des médias et des structures
intermédiaires), communauté monde ou communauté de tous les humains.
Les questions de constitution, d'animation, de composition des communautés et des communautés de communautés sont importantes selon aussi les domaines (entreprises, territoires, institutions, groupes et collectivités etc..)
Quels problèmes se posent actuellement au seuil de la mutation et surtout les perspectives nouvelles ?
2 – Orienter
Le Sens du bien commun, les valeurs et leurs référenciels,
les marches de progrès, le développement et l'accomplissement dans les
communions humaines, les rôles dirigeants, responsabilités, libertés
responsables, finalités et enjeux; discernement, concernement, engagement.
Qualité de service, valeurs des produits, évaluations,
réalisations.
3 – Agir
Nouvelles compétences et nouveaux métiers, l'action politique, stratégique, opérationelle aux différents niveaux.
L'économie communautaire des biens et services
Les caractéristiques d'un Humanisme méthodologique
Connaissances, valeurs et action sont de nature humaine, s'expliquent, s'orientent et se réalisent par des processus humains.
Les enjeux, problèmes, solutions, méthodes, situations, et toute leur consistance constituent l'expérience humaine avec ses dimensions factuelles, affectives et mentales qui constituent les réalités humaines et leur consistance.
C'est cela que veut dire l'homme au coeur des affaires
humaines ce qui ne veut pas dire l'homme au milieu des choses mais à la source
des choses par le biais des communautés de Sens.
Toutes les situations humaines communautaires sont
d'origine spirituelle, d'enjeu spirituel, et ressortissent de pratiques
spirituelles (Sens en conSensus).
L'intelligence symbolique ou intelligence du Sens avec ses méthodes, disciplines et techniques.
L'humanisme méthodologique est à la fois théorie, anthropologique et anthropocentrique; positionnement sur le Sens du bien commun, le devenir et l'accomplissement humain; méthodologie spécifique agissant sur le Sens et les consensus par des médiations appropriées ex: socio-performateurs.
Parmi les textes de références
Spiritualité humaine : http://journal.coherences.com/article70.html
Les bases théoriques
en long : http://journal.coherences.com/article309.html
en court : http://journal.coherences.com/article67.html
La charte de l'humanisme méthodologique http://journal.coherences.com/article2.html
Découvrez également ici la première partie LA GRANDE MUTATION du rapport d'innovation COMMUNAUTES 2.0, fruit du travail du cercle de réflexion Courts-circuits.
Auteur : Roger Nifle
Publié par : Nicolas Marronnier
Publié sur : le vide poches








